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Nous avons traversé l’Atlantique

22 Janvier 2024

« Baie Sainte Anne, Martinique »

L’immobilité a disparu !

Tout n’est que mouvements, rien ne reste stable à bord d’Albacore depuis notre départ du Cap Vert. Chaque objet n’aspire qu’a tomber, voler, traverser le navire de part en part, même la barre est en mouvement perpétuel. Certes, sur ce dernier point fort heureusement car c’est le pilote automatique qui l’actionne et ainsi garde le cap.

Il en va de même bien sûr pour nos corps malmenés à chaque instant, rares sont les pauses. Même couché, il est souvent difficile de retrouver l’immobilité salvatrice et annonciatrice d’un peu de sommeil. Se déplacer, se laver, manger, toutes les tâches du quotidien demandent efforts et dextérité qui, avec la fatigue qui s’accumule, vient de plus en plus à nous manquer.

Le silence à disparu !

Tout n’est que grincements, craquements, sifflements du vent dans la mâture, glissements de l’eau sur la coque quand ce n’est pas le bang d’une mauvaise vague qui vient à la frapper. Sans compter le ronron du moteur bien trop souvent employé.

Immobilité et silence ne sont plus que des souvenirs.

Alors on s’adapte. Au fil du temps, on trouve ses marques et une certaine routine s’installe.

Un club de lecture s’est même créé le matin, remplacé par le rendez-vous des mots fléchés l’après midi et pour clôturer la journée, un carrefour des philosophes.

Les quarts s’enchaînent toujours au même rythme pour que l’organisme s’habitue.

Chaque jour, on scrute les prévisions météo avec l’espoir que la mer se range enfin, que les houles souvent croisées s’atténuent. Il faut dire que depuis le départ, nous ne sommes pas gâtés.

Deux fortes dépressions au nord, nous envoient de la houle de travers et cela, en bateau, c’est pas bon. Malgré ses 17 tonnes, Albacore roule d’un bord à l’autre nuit et jour. Il nous faudra attendre le neuvième jour pour qu’enfin ne subsiste que la longue houle de l’Atlantique.

Autre élément clé, les alizés ne sont pas là. Le vent n’est pratiquement pas de la partie, il est erratique, instable, il semble jouer à cache cache et nous oblige souvent à la manœuvre pour un résultat trop souvent insignifiant.

Enfin, presque depuis le départ, des colonies de sargasses nous accompagnent. Souvent, de grandes plaques de végétaux jaunes orangés, dessinent sur la mer des formes improbables. C’est beau, mais cela rend toute tentative de pêche à la traine impossible, le leurre s’accrochant à chaque fois à cette « salade ».

Bien, chères lectrices et lecteurs, on va cesser de se plaindre, nous ne sommes pas ici par contraintes, nous l’avons bien cherché !

Alors oui, le décor est magnifique, changeant, différent à chaque heure. Regarder la mer est presque hypnotique. Le ciel est aussi somptueux de jour comme de nuit. La danse des étoiles au rythme des balancements du voilier est gracieuse et accompagnée souvent par les étoiles filantes.

Ce que nous vivons, au milieu de notre nature, n’a pas de prix et parfois les mots manquent pour décrire tant de beauté.

Nous ne sommes rien au milieu des flots mais pourtant nous sommes tout ! Nous appartenons à ce monde vivant avec lequel nous communions à chaque instant. Et vivre une telle aventure nous le rappelle.

A la mi-marée, lorsque la moitié du trajet est couvert, on sent dans l’atmosphère du bord, un regain d’optimisme. Le vent tant désiré est annoncé et doit nous porter jusqu’à destination. Il est temps car notre réservoir de gasoil se vide un peu plus à chaque mile et Albacore piaffe d’impatience de gonfler ses voiles. Et puis, un regain de vitesse nous rapprocherait plus vite d’un bon steak frites.

Pour nous faire patienter, Perle fait des merveilles à chaque repas pour servir à l’équipage des mets variés et délicieux. Et cela quelque soit les conditions météo. Quel bosco !

Quant à Patrick, aide commis, à la bonne humeur perpétuelle, ses qualités humaines et son engagement sur toutes les tâches du bord en font un équipier remarquable. Et en plus, il aime et écoute de la bonne musique.

Le onzième jour, le vent revient enfin, timidement comme pour prévenir de son retour, puis nos voiles se gonflent et le navire prend de la vitesse.

Trouver le bon cap pour rester sur notre route va devenir notre préoccupation permanente.

Et la mer dans tout cela ? Et bien, elle grossit, se coiffe d’écume et se transforme en une sorte de marmite bouillonnante. A chaque instant, son jeu favori, c’est de venir frapper Albacore. Comme un boxeur sur son punching ball, elle s’acharne, se dépense sans compter, de jour comme de nuit.

Sous ses coups, le voilier roule, tangue, se couche presque parfois. Il se soulève sur les assauts de vagues entre deux et quatre mètres en permanence, semble perdre l’équilibre mais se redresse toujours, gardant son cap.

Poussé par le vent, nous allons certain jour parcourir deux cent soixante dix sept kilomètres en vingt quatre heures. Les connaisseurs apprécieront.

Et l’équipage dans tout cela, et bien il s’accroche, au propre comme au figuré…

Se déplacer à bord c’est en soi une aventure. D’autant que sur les derniers jours, la mer et le vent forcissent encore. Les nuits sont ponctuées de grains nécessitant une attention constante et parfois de rappeler au coeur de la nuit tout l’équipage aux postes de manoeuvre.

Parfois, selon les conditions de mer, les minutes semblent être des heures, mais l’équipage s’accroche toujours.

Et enfin, sur l’horizon, la terre !

Nous avons doublé le phare de l’Ilet Cabrit, pointe sud de la Martinique, après quinze jours, vingt trois heures et cinquante quatre minutes. Nous avons parcouru 2193 miles soit 4061 kilomètres.

Nous rêvions d’autoroute du soleil, nous avons connu, sur cette mer mal pavée, plutôt Paris Roubaix.

Quelques remerciements pour terminer :

Merci encore à cet équipage merveilleux sans qui rien n’aurait été possible;

Merci à celles et ceux qui, par leurs petits messages, nous ont soutenu et encouragé;

Merci à Monsieur Henri AMEL pour avoir conçu un voilier aussi « marin ». Albacore IV a tenu son rang de Super Maramu;

Merci à la mer de nous avoir laissé passer, bien que nous l’ayons trouvé très souvent discourtoise.

Nous avons traversé l’Atlantique ! (clic sur lien pour la vidéo)

Perle et O.Céanis

A bord d’ALBACORE IV

 

 

 

 

Stillness is gone!

Everything is just movements, nothing has remained stable aboard Albacore since we left Cape Verde. Each object only aspires to fall, fly, cross the ship from side to side, even the helm is in perpetual motion. Certainly, on this last point fortunately because it is the autopilot which activates it and thus stays on course.

The same of course goes for our bodies, which are abused at every moment; there are few breaks. Even lying down, it is often difficult to find the saving stillness that heralds a little sleep. Moving, washing, eating, all daily tasks require effort and dexterity which, with accumulating fatigue, we increasingly lack.

The silence has disappeared!

Everything is just creaking, creaking, whistling of the wind in the mast, sliding of water on the hull when it is not the bang of a bad wave that hits it. Not to mention the purr of the engine used all too often.

Stillness and silence are nothing more than memories.

So we adapt. Over time, we find our feet and a certain routine sets in.

A reading club was even created in the morning, replaced by the crossword meeting in the afternoon and to close the day, a philosophers’ crossroads.

The shifts always follow each other at the same pace so that the body gets used to it.

Every day, we scan the weather forecasts with the hope that the sea will finally calm down, that the often intersecting swells will subside. It must be said that from the start, we have not been spoiled.

Two strong depressions to the north are sending us sideways swells and that, by boat, is not good. Despite its 17 tons, Albacore rolls from one side to the other night and day. We will have to wait until the ninth day for finally only the long swell of the Atlantic to remain.

Another key element, the trade winds are not there. The wind is practically not present, it is erratic, unstable, it seems to play hide and seek and often forces us to maneuver for too often insignificant results.

Finally, almost from the start, colonies of sargassum accompanied us. Often, large patches of orange-yellow plants draw improbable shapes on the sea. This is beautiful, but it makes any attempt at trolling impossible, with the lure clinging to this “salad” every time.

Well, dear readers, we are going to stop complaining, we are not here by constraint, we were looking for it!

So yes, the decor is magnificent, changing, different every hour. Looking at the sea is almost hypnotic. The sky is as sumptuous day as night. The dance of the stars to the rhythm of the sailboat’s rocking is graceful and often accompanied by shooting stars.

What we experience, in the midst of our nature, is priceless and sometimes words fail to describe such beauty.

We are nothing in the middle of the waves but yet we are everything! We belong to this living world with which we commune at every moment. And experiencing such an adventure reminds us of this.

At mid-tide, when half the route is covered, we sense a renewed sense of optimism in the atmosphere on board. The much desired wind is announced and must carry us to our destination. It’s time because our diesel tank is emptying a little more every mile and Albacore is impatient to inflate its sails. And then, an increase in speed would bring us closer to a good steak and fries.

To keep us waiting, Perle does wonders at each meal to serve the crew varied and delicious dishes. And this whatever the weather conditions. What a boatman!

As for Patrick, assistant clerk, with a perpetual good humor, his human qualities and his commitment to all the tasks on board make him a remarkable team member. And what’s more, he loves and listens to good music.

On the eleventh day, the wind finally returns, timidly as if to warn of its return, then our sails swell and the ship picks up speed.

Finding the right direction to stay on our path will become our permanent concern.

And the sea in all this? Well, it grows, covers itself with foam and transforms into a sort of cooking pot. At any time, his favorite game is to hit Albacore. Like a boxer on his punching bag, she works hard, exerts herself tirelessly, day and night.

Under his blows, the sailboat rolls, pitches, sometimes almost lies down. It rises up on the onslaught of waves between two and four meters constantly, seems to lose its balance but always straightens itself, keeping its course.

Driven by the wind, we will someday cover two hundred and seventy-seven kilometers in twenty-four hours. Connoisseurs will appreciate it.

And the crew in all this, well they are hanging on, literally and figuratively…

Getting around on board is an adventure in itself. Especially since over the last few days, the sea and the wind are getting stronger. The nights are punctuated by squalls requiring constant attention and sometimes calling the entire crew back to the maneuvering stations in the middle of the night.

Sometimes, depending on the sea conditions, minutes seem like hours, but the crew is still hanging on.

And finally, on the horizon, the earth!

We passed the Ilet Cabrit lighthouse, southern tip of Martinique, after fifteen days, twenty-three hours and fifty-four minutes. We traveled 2193 miles or 4061 kilometers.

We dreamed of the highway of the sun, we knew, on this poorly paved sea, rather Paris Roubaix.

A few thanks to finish:

Thanks again to this wonderful crew without whom nothing would have been possible;

Thank you to those who, through their little messages, supported and encouraged us;

Thanks to Mr. Henri AMEL for having designed such a “marine” sailboat. Albacore IV held its rank as Super Maramu;

Thanks to the sea for letting us pass, although we very often found it discourteous.

We have crossed the Atlantic! (click on link for video)

Pearl and O.Céanis
On board ALBACORE IV

 

 

6 Comments

  • BERNARD POUPLET
    27 janvier 2024 at 17h00

    Bravo pour cette belle traversée; vous allez pouvoir vous reposer avant la suite et nous faire de belles photos.
    L’exploit c’est que j’ai réussi à me connecter!!!!!!
    Marcelle et Bernard

    Reply
    • Perle&O.Ceanis
      27 janvier 2024 at 17h44

      Bravo !!!! Et bienvenue à nos côtés !!! Amitiés

      Reply
  • BERNARD POUPLET
    27 janvier 2024 at 16h50

    Nous avons réussi à établir le contact!!!
    Bravo pour cette belle traversée, vous allez pouvoir vous reposer et nous faire de belles photos
    Marcelle et Bernard

    Reply
  • Bernard TAMAIN
    24 janvier 2024 at 18h08

    Bravo à vous pour cette traversée. Arrivez-vous à dormir maintenant sans être bercés? Grosses bises à tous de Peyrolles en Provence où le plancher est plus stable..
    Catherine et Bernard

    Reply
    • Perle&O.Ceanis
      24 janvier 2024 at 20h21

      Merci Catherine et Bernard, le tangage est resté même à terre durant quelques jours ! maintenant un peu de repos s’impose ! merci de nous suivre !

      Reply
  • Patrice
    23 janvier 2024 at 0h43

    Bon, espérons que Eole nous soit plus favorable!
    En tout cas, vous êtes de l’autre côté, bravo à tout l’équipage et à Albacore qui à fait son job.
    Bises

    Reply

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